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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 16:26

depuis tellement longtemps , je voulais vous en parler;mais devant l'ampleur de la tâche, je reculais sans cesse;et , voilà qu'au détours de mes recherches, je tombe sur un article , tellement mieux fait que ce que j'aurais pu écrire.C'est toute un pan de notre histoire qui est occultée , car , ces maçons là, étaient aussi des gens en avance sur l'époque, la misère et le déracinement en avaient fait des révolutionnaires.......mais lisez plutôt

« FRANCE - Les Maçons de la Creuse, une histoire de l’art politique ! »

Une cause humaniste au fil des siècles

le 28 novembre 2011, par Arnaud Galy

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La migration des Maçons... de la Creuse à Paris
Ph : ZigZagthèque

Reconnus pour leur habileté à tailler le granite, les Maçons creusois migrèrent en masse à partir du 16e siècle vers les grandes villes françaises. Au travers de leur art, de leur esprit rebelle et de leur ténacité à vaincre l’adversité, ils ont activement contribué à tous les grands événements de l’Histoire de France. Urbanisation, migration, révolutions et résistance, socialisme ou syndicalisme, 500 ans de lutte et de savoir-faire au service de la dignité de l’homme et de l’architecture.

D’où vient l’origine de la renommée des maçons de la Creuse, ces bâtisseurs hors pair ? Aujourd’hui, malgré maintes recherches historiques, seules des hypothèses sont avancées. Est-ce les paysans qui, en travaillant leur terre, se heurtaient aux épais blocs de granite ? Est-ce l’habitude qu’ils avaient de dégager la pierre pour l’empiler en muret en bordure des champs qui en a fait des bâtisseurs au savoir faire si convoité ?

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Basilique de St-Denis. Région parisienne.
Ph : ZigZagthèque

Il faut remonter à la fin du Moyen-Age, vers 1460-1470 pour retrouver la trace des premiers maçons marchois*, notamment à la basilique de St-Denis, au nord de Paris. Cette Basilique abrite les dépouilles des Rois de France. En 1610, Richelieu fit entreprendre la construction du port de La Rochelle, puis au XVIIème, le château de Versailles s’éleva à la sueur du front des maçons de la Creuse. L’apogée de la migration maçonnante se situant au cours du XIXème siècle déplaçant jusqu’à 35 000 hommes. De 1851 à 1870 les grands chantiers parisiens, sous l’influence du baron Haussmann, ont besoin d’une main d’œuvre importante. Les monuments et l’urbanisation actuelle de la capitale parisienne, le boulevard Haussmann, la rue de Rivoli, le Louvre, l’Odéon, le Palais de l’industrie et, à la fin du siècle dernier le métropolitain, sont la trace des maçons de la Creuse.

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De père en fils...
Ph : ZigZagthèque

De février à décembre les villages creusois étaient vidés de leurs hommes. Deux sur trois partaient vers Paris ou Lyon, où les grands travaux d’urbanisme procuraient une importante réserve d’emplois.. La Creuse, pauvre etdépourvue, ne pouvant nourrir sa population. Les jeunes garçons en âge de travailler suivaient leur père. Chaussés de leurs sabotsun baluchonsur le dos, la longue marche de ces hommes, regroupés en famille ou par village, était rituelle. Par étape de cinquante kilomètres quotidiens, ils atteignaient leur destination. Suspectés, ils devaient se plier à des contrôles policiers fréquents. La classe laborieuseque représentaient les maçons creusois et l’antagonisme qu’ils suscitaient sur leur passage peut être comparé au sort que subirent après eux les Polonais, les Italiens, les Portugais qui les remplacèrent au cours du 20e siècle... ou les travailleurs immigrés d’aujourd’hui. Pour voyager de ville en ville, les maçons devaient présenter un passeport visé par le maire et justifier du livret ouvrierqui rendait compte des campagnes précédentes. Le patois de leur région faisait d’eux des gens à part, érigeant une barrière entre eux et les « gens de la ville ». Après une longue marche vers Paris, les ouvriers se réunissaient Place de Grève*. Ces rassemblement d’ouvriers du bâtiment occasionnaient parfois des réunions houleuses. Les nouveaux prenaient du travail pour des sommesmodiques. Gagnant deux francs par jour au cours de sa première campagne, l’ouvrier pouvait percevoir trois francs cinquante à son neuvième voyage, travaillant jusqu’à 316 heures dans le mois. Aucune protection sociale n’assurait le maçon en cas de maladie, d’accident ou de période de chômage. Il fallait alors puiser dans ses maigres économies, faire appel à la famille ou à la charité publique. Ils étaient logés dans des chambres étroites et inconfortables dans les quartiers sordides.


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Chantier parisien...
Ph : ZigZagthèque

Les Maçons dans l’histoire politique

La majorité des maçons était paysanne, propriétaires de petites fermes. Bien qu’absent, l’époux gérait l’exploitation. Son épouse devait rendre compte du budget avec précision. Les femmes jouèrent un rôle très important dans ce monde paysan dépourvu de mari. Il fallait qu’en leur absence, elles fassent les travaux des champs les plus durs au printemps et à l’été. Elles devaient faire produire la ferme, s’occuper du bétail et gérer le maigre budget en attendant les économies de l’époux, rapportées des chantiers parisiens. Face à l’exodedes hommes creusois, les femmes apprirent à se débrouiller seules, sachant lire et écrire plus tôt qu’ailleurs. Vers 1840, les conditions de sous-prolétairesconduisent les maçons à changer de conditions de vie. Afin de conquérir une dignité, ils rejettent tous les complexes qui les maintiennent dans cette situation. Les ouvriers décident alors de se défendre. Certains par l’instruction en fréquentant des cours du soir, d’autres par le sport en évoluant dans les salles de chausson et de canne*. Les mentalités changeant, l’église tente même de récupérer les hommes égarés du droit chemin en créant le Cercle des Maçons, où sont donnés des cours d’instruction morale et intellectuelle. Les maçons portaient un certain grief aux prêtres qui restaient au pays, pendant qu’eux devaient le quitter pour gagner de l’argent. En fait, croyants, ils en voulaient plus aux représentants de Dieu qu’à Dieu lui-même. Après avoir obtenu une nouvelle dignité, certains connurent une progression dans l’échelle sociale. Certains s’installèrent comme petits entrepreneurs à Paris ou à Lyon. Pour d’autres elle fut politique comme Martin Nadaud* qui accéda à la députation en 1871.


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Limoges, aujourd’hui ! « Limoges Ville Rouge » - Le temps passe, les convictions restent...
Ph : ZigZagthèque

La détermination qui conduit les maçons à changer la condition ouvrière les amena à faire le coup de feu en juin 1848, qui entraîna la fermeture des Ateliers Municipaux et à être aux avant-postes pendant la « Semaine Sanglante » de 1871 pendant la Commune. Ces révoltes populaires feront subirent des pertes terribles aux maçons creusois, situant la Creuse au troisième rang des départements français pour le nombre d’ouvriers jugés et déportés. 711 creusois furent déportés en Algérie en 1848. 953 seront jugés par les Conseils de Guerre pour leur participation aux émeutes en 1871. Ce trait d’union entre ruraux et urbains forge les mentalités politiques. Le socialisme est au fond de tous les esprits, les corporations des métiers du bâtiment développant des idées avancées pour l’époque. Ces différentes corporations prennent part activement aux revendications ouvrières de 1864, participant massivement aux grèves, faisant force pour bloquer les chantiers de la capitale en 1880. En 1876 un premier congrès ouvrier est tenu à la suite des événements de la Commune et les premiers mouvements syndicalistes progressent dans les grandes villes de France, notamment à Limoges où nait le syndicat C.G.T (Confédération Générale du Travail, principal syndicat ouvrier aujourd’hui encore). Limoges étant la grande ville la plus proche de la Creuse. La propagation des idées de gauche a donc peu à peu débordé le département de la Creuse pour toucher la région limousine* dans sa globalité.


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Le monument aux morts de Gentioux
Ph : ZigZagthèque

De leur migration les maçons ramèneront cette fierté ouvrière qui ancrèrent fortement les idées de gauche dans les communes limousines. Pendant la Grande Guerre de 1914, les villages connurent à nouveau le départ massif des hommes. L’État reprochant aux Creusois leurs idées bolcheviques, ils furent appelés dans les contingents les plus durs. La population creusoise essuya à nouveau de lourdes pertes. Conscients de mourir au Front, pour des causes pas toujours définies et en plus grand nombre qu’ailleurs, les habitants érigent des stèles témoignant des longues listes de soldats morts pour la patrie. L’âme pacifiste des habitants du village de Gentioux témoigne aussi de l’injustice qui toucha un grand nombre des leurs. Un écolier de bronze habillé d’une blouse bleue et chaussé de sabots dresse le poing face au monuments aux morts. Sur une plaque de granite est inscrit : « Maudite soit la guerre ». Une provocation que les habitants du village assument, aujourd’hui encore, lors de cérémonies du souvenir. Le traumatisme de la seconde guerre fut plus grand encore. En Limousin, plus la communauté est rurale plus elle vote à gauche. Ce phénomène en fit un haut lieu de la résistance. D’ailleurs les Nazis appelèrent la région la « Petite Russie ». Deux terribles tragédies expriment les épouvantables représailles dont usèrent les soldats de la division S.S. « Das Reich ». A Tulle, en Corrèze, le 9 juin 1944, alors que la ville vient d’être libérée quelques jours plus tôt, les S.S. pendirent quatre vingt dix neuf habitants aux balcons, aux arbres et aux fenêtres. En Haute-Vienne, près de Limoges, la même division va poursuivre sa sinistre besogne. Le 10 juin 1944, le village d’Oradour-sur-Glane va perdre près de 700 âmes. Impossible de connaître le nombre exact des morts tant l’horreur atteint son paroxysme. Les soldats de la « Das Reich » vont fusiller en masse les hommes, brûler vifs femmes et enfants regroupés dans l’église. Aujourd’hui, rien n’a bougé depuis cette terrible journée, Oradour se souvient en silence de ses blessures. Les descendants des Maçons creusois n’en finissent pas d’assumer les convictions politiques de leurs aïeux.


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Le plateau de Millevaches
Ph : ZigZagthèque

Les Maçons dans l’histoire de l’art

Outre le fort ancrage politique, les maçons de la Creuse ont laissé un riche patrimoine architectural. Forts des techniques apprises sur les chantiers parisiens, ils donnèrent un nouvel équilibre à l’habitat local. Au retour de chaque campagne migratoire, et après avoir réglé les dettes, le pécule ramené servait à l’amélioration de la maison. Les plus habiles ornant les fenêtres et les portes de sculptures pendant que d’autres décoraient des tombeaux en taillant le granite (village de Gentioux). Sur le plateau de Millevaches, 70% des maisons ont été rénovées ou reconstruites. Pourtant cette entité creusoise est en péril. 10 000 maisons, témoignant du savoir-faire des maçons, sont vouées à l’abandon. La Creuse, dépeuplée temporairement au siècle dernier, l’est définitivement aujourd’hui. Le déclin des campagnes maçonnantes commence à la fin XIXème siècle. Avec l’arrivée de nouveau matériaux permettant le travail en hiver, la construction du chemin de fer, conduisent les migrants à rester à Paris. Les femmes ont suivi, trouvant du travail dans la capitale. L’exode rurale va se fondre avec ces migrations définitives. Quelques uns d’entre eux, ou leurs petits enfants, reviennent aux sources de leurs racines, profitant de la nouvelle loi donnant droit aux congés payés en 1936. Certains revinrent même pour y passer leur retraite achetant une maison construite des mains de leurs aïeux.


* Marchois : synonyme de creusois. Habitant de la Marche ou la Creuse.

* Martin Nadaud : voir encadré.

* Place de Grève : aujourd’hui quartier du Châtelet dans le 1er arrondissement de Paris.

* Salle de chausson et de canne : Sport de combat alliant une sorte de boxe française et l’utilisation d’un accessoire du type des arts martiaux d’aujourd’hui.

et voici , leur hymne écrit par un maçon lui même

 

 


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commentaires

M
<br /> Ces pauvres gens n'avaient pas d'autres choix, et,  les patrons  en profitaient A++<br />
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R
<br /> <br /> eh oui , c'était les travailleurs émigrés de l'époque !<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> comment expliquer cela ?<br /> <br /> <br /> si ce n'est par l'enthousiasme d'une poignée d'hommes qui initie les autres, les entraînant dans la liesse de la vie, portant la force en eux d'une aventure qui se concrétise ...<br /> <br /> <br /> comme c'est beau ... comme cela nous manque ...<br /> <br /> <br /> amitié .<br />
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R
<br /> <br /> c'était surtout la misère qui les obligeait a aller gagner leur pain quotidien loin des leurs!!!mais ils en ramenaient des idées nouvelles et aussi l'envie de s'instruire.<br /> <br /> <br /> <br />